Flute

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  • La flûte à bec, traumatisme des années collège

    Article publié le 25 avr 2014


    Flute à becLa flûte à bec : instrument à vent, dont les premières versions remontent au XIVème siècle, a été le cauchemar de bien des collégiens. Pourtant, la flûte à bec peut produire un son délicat et mélodieux, mais il est beaucoup plus difficile à appréhender qu’il n’y paraît.

    Le traumatisme

    Désormais non obligatoire (depuis août 2008), la flûte à bec a laissé quelques traumatisés derrière elle, et c’est fort dommage.

    Le collège, cette période difficile et délicate, où l’on se cherche, où l’on s’affronte avec ses parents et où le mot d’ordre principal est « ne pas se prendre la honte » ; le collège est également l’endroit où la flûte régnait en maître dans les cours d’éducation musicale.

    Quoi de plus terrible pour un élève timide que d’interpréter un morceau à la flûte, debout devant ses 30 petits camarades ? Quoi de plus humiliant que d’interpréter une chanson – si plaisante ou moderne soit-elle – quand on chante faux, de travers ou avec la voix qui mue ?

    Les excuses étaient légion (j’ai déménagé et ma flûte est encore dans les cartons, j’ai une foulure des trois doigts de la main droite ou encore j’ai une extinction de voix/angine/bronchite (rayer la mention inutile)) ! En outre, l’incapacité à déchiffrer une partition a paralysé plus d’un collégien…

    La flûte à bec est un instrument compliqué à maîtriser ; réussir à acquérir une belle sonorité, à créer un jeu fluide et un bel enchaînement entre les notes ne peut se faire avec une initiation d’à peine 1h/semaine.

    Bien qu’elle soit facile à transporter, peu chère (on peut en trouver dès 3,90 €) et qu’elle rentre aisément dans un sac à dos, la flûte à bec mal jouée est un calvaire, autant pour le professeur que pour l’élève : « Je n’ai jamais entendu une chorale aussi fausse qu’un orchestre de flûtes à bec. Dans une classe qui chante, il y a toujours quelques bourdons. Mais là, ils bourdonnent tous. Artistiquement, c’est terrible.» dixit Jean-Luc Ivray, inspecteur pédagogique régional chargé de la musique dans le monde du mois de juin 2008.

    Pour des collégiens, âgés de 11 à 15 ans, le défi est non seulement de réussir à positionner correctement les doigts, tout en soufflant dans la flûte de manière à obtenir un son juste, c’est-à-dire ni trop faible, ni trop fort, ni trop aigu, soutenu et harmonieux. L’Everest pour plus d’un élève…

    Sans compter, la bave s’échappant des trous de la flûte, les morsures rageuses subies par l’embouchure, les doigts bougeant de façon aléatoire sur la flûte sans souffler dedans, juste pour maintenir l’illusion, fondu dans le groupe « si je ne joue pas vraiment, ça ne se verra pas… »

    Autant de mauvais souvenirs ou de techniques mises en place pour échapper aux redoutables interrogations à la flûte, mais bien des professeurs ont fait preuve de patience et d’indulgence envers leurs élèves.

    flutes

    La bonté des professeurs de musique

    Matière exigeante qui nécessite concentration et écoute, l’éducation musicale ne bénéficie pas toujours du respect qui lui est dû. Et cela commence dès la salle des professeurs où de nombreux enseignants n’étaient que peu écoutés par leurs collègues. Le combat a été dur pour faire entendre leur voix, sensibiliser le corps enseignant et leur hiérarchie et ainsi faire baisser la dépréciation constante de cette matière et des professeurs de musique.

    Travail à entreprendre également auprès des parents d’élèves, pour qui bien souvent, la musique n’est pas une vraie matière et laissent passer les comportements turbulents ou le manque de travail de leurs enfants.

    Malgré ces obstacles, beaucoup de professeurs de musique étaient bien considérés par les élèves comme Wadii via l’article de Rue 89 « Certains trouvaient mon prof bizarre, mais il avait juste des goûts différents des nôtres. Et puis, on ne le voyait qu’une fois par semaine, donc on n’avait pas vraiment le temps de s’habituer à lui. Est-ce qu’il était plus louche que mon prof de maths ? Et qui faisait vraiment des efforts pour s’améliorer quand il était mauvais en musique ? »

    Les élèves moyens, voire médiocres, étaient, la plupart du temps, encouragés : indice lors des contrôles, moyenne sur le trimestre même si la chanson était massacrée ou chantée en playback, etc.

    Aujourd’hui, le regard change peu à peu, la discipline doit davantage servir à l’écoute, à la confiance en soi, à la prise de parole en public et permettre d’« appréhender le monde à travers le prisme artistique. »

    La beauté de la flûte à bec

    Collegiens flute becBien que peu d’élèves s’en rendent compte – aujourd’hui comme à l’époque – la flûte à bec donne pourtant lieu à de belles et harmonieuses mélodies. Cependant, c’est un instrument qui nécessite un apprentissage régulier et appliqué. Deux grandes figures de la flûte à bec du 20ème siècle sont René Clemencic (compositeur, chef d’orchestre et flûtiste, né à Vienne en 1928) et Frans Brüggen (chef d’orchestre et flûtiste, né à Amsterdam en 1934), ce dernier est considéré comme le père de l’instrument moderne par tous les flûtistes à bec. L’école de la flûte qu’il créa avait une grande réputation et de nombreux musiciens souhaitaient l’intégrer.

    Mais le point faible de la flûte à bec est une présence trop peu marquée, voire carrément son absence pure et simple, dans la musique contemporaine. Compliqué donc d’en montrer la modernité à des adolescents. Toutefois, il existe des exceptions comme le célèbre groupe pop irlandais The Corrs avec Andrea Corr, chanteuse et flûtiste, qui propose des morceaux enjoués. Le tin whistle, flûte droite à six trous en métal, est d’ailleurs un instrument très présent dans la musique celtique.

    Certains compositeurs, comme Benoit Sauvé, font également sortir la flûte des sentiers classiques et proposent des morceaux de latin jazz, pop ou même d’électro à la flûte à bec. Démonstration réussie pour prouver que tout est possible avec une flûte à bec et que celle-ci peut intégrer des genres musicaux inattendus.

    En se penchant un peu plus sur cet instrument et ses cousins – flûte traversière, flûte de pan, flûte irlandaise, etc. – on s’aperçoit que la flûte à bec produit un son intense, permet des solos enlevés, des mélodies gracieuses et entraînantes comme avec le Flanders Recorder Quartet, quatuor belge composé d’instruments à vent. Mais elle continue malheureusement de subir une certaine dévalorisation.

    Tous les cours d’éducation musicale ne sauraient, malheureusement, faire apparaître la beauté de cet instrument.

    Crédit photo : Quai Baco et Le Républicain Lorrain